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La surprise de la rentrée !

On ne pouvait pas attendre jusqu’à mercredi pour vous présenter la 3e histoire de Tous pressés, le dernier titre de Bernard Friot.

Voici donc « J’ai craqué », une histoire qui, on l’espère, vous plaira !
 
Et n’oubliez pas notre prochain rendez vous le mercredi 21 septembre.
 
J’ai craqué.
Mais c’est sa faute.
Elle a insisté.
J’ai craqué.
 
J’étais dans ma chambre. Je m’occupais bien sagement. Je tuais des tas de méchants sur ma PS3.
 
–        Viens manger ! a crié ma mère depuis la cuisine.
–        J’ai pas faim ! ai-je braillé.
 
Mais bien sûr, elle a insisté. J’ai cédé. En râlant, je me suis traînée jusqu’à la cuisine.
Elle a sorti un poulet du four.
 
–        Tu veux une cuisse ou du blanc ? a-t-elle demandé.
–        J’ai pas faim, ai-je grogné.
 
Elle m’a regardée, inquiète.
 
–        Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as mal au ventre ?
–        J’AI PAS FAIM ! ai-je martelé. Tu comprends le français, oui ou non ? J’AI PAS FAIM !
–        Juste un petit morceau… Une aile…
 
J’ai craqué.
D’une toute petite voix, j’ai avoué :
–        J’ai bouffé mon petit frère.
 
Elle est restée muette. Trois secondes, un record pour elle. Et puis elle a demandé :
–        Tu l’as bien nettoyé avant ? Tu as bien mâché ? Tu t’es lavé les dents après ?
 
Et ainsi de suite, et ainsi de suite, pendant dix minutes au moins.
J’ai craqué.
Et, à son tour, je l’ai avalée.
Sans même lui ôter son tablier.
Pendant une minute et trente-six secondes exactement, ça a été le paradis. Pas un mot, pas un bruit. Tranquille…
 
Et puis, dans mon ventre, ça a commencé à gargouiller. J’ai écouté attentivement, et j’ai reconnu sa voix.
Elle s’occupait de mon petit frère.
–        Tiens-toi bien. Ne suce pas ton pouce. Tu as révisé les tables de multiplication ? Récite-moi ta poésie…
 
Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Pauvre Louis.
Je me suis bouché les oreilles. Ça ne servait à rien : je l’entendais encore.
 
J’ai craqué.
Et je les ai recrachés.
Ma mère.
Mon petit frère.
 
Et ma prof de français. Tiens, je l’avais oubliée, celle-là. Je ne me souviens même plus pourquoi je l’ai avalée.
Vite, j’ai fi lé dans ma chambre. J’ai fermé la porte à clé. Je me suis étendue sur le lit. Ouf.
Ça fait du bien. Pourvu que ça dure.