Comment entrer sereinement à l’école des grands ?

Conçue avec la pédiatre Catherine Gueguen, la collection « Bienvenue en CP » répond aux enjeux des enfants qui entrent à la grande école. Récits et illustrations désamorcent les inquiétudes des petits et de leurs parents. Et offrent un accompagnement ciblé tout au long de cette année charnière.

Rencontre avec l’éditrice Erell Guéguen et la pédiatre Catherine Gueguen, autrice d’Heureux d’apprendre à l’école (Les Arènes).

Propos recueillis par Sophie Dussaussois, journaliste.


Entrer au CP, ça change quoi ?


Erell Guéguen : Le passage à la grande école suscite des inquiétudes pour les enfants et leurs parents. Nous avions envie d’accompagner cette étape à travers une collection très accessible aux jeunes lecteurs, qui puisse être lue par les parents avant que les enfants ne sachent lire par eux-mêmes et qui soit aussi utile pendant toute l’année du CP. Avec cette collection, nous essayons de dédramatiser l’anxiété face aux nouveaux apprentissages et d’être au plus près des petites révolutions personnelles vécues par les enfants. Ces livres fonctionnent aussi comme des boîtes à outils pour les parents, car ils invitent les enfants à partager leur ressenti par rapport à l’école.


Catherine Gueguen : Tout change lors du passage au CP. Les enfants doivent rester assis, ils ont des évaluations. Ça peut être un choc. Cette collection permet de mettre des mots et des images sur ce qu’il se passe vraiment pour les enfants, de verbaliser les émotions et donc de les comprendre. Les émotions agissent sur tout le fonctionnement cérébral. Quand on les cerne au plus près, le retentissement est très bénéfique pour le développement des enfants.


À quoi sont confrontés les enfants qui entrent au CP ?


Erell Guéguen : Il y a les grands enjeux : la nécessité de se concentrer, d’être autonome, le fait de redevenir le petit quand on était le grand l’année d’avant… Et puis il y en a d’autres qui peuvent sembler moins importants à nos yeux, mais qui sont pourtant très concrets : comment gérer son cartable, le fait d’avoir ses propres fournitures. En maternelle, le matériel utilisé est fourni par l’école. Ce n’est plus le cas au CP.


Catherine Gueguen : La peur des grands, mais aussi celle d’être évalué, les rapports entre les garçons et les filles, le fait de devoir se retenir avant d’aller aux toilettes, la compétition entre les élèves… Tous les livres de la collection abordent des enjeux précis, à partir du ressenti des enfants. Si on devait retenir un message global, ce serait celui de la nécessité absolue de parler de ses émotions, de ne pas avoir peur de s’adresser aux adultes. Car, si on a peur, si on est en stress, on apprend moins bien.


Comment sont construits les livres ?


Erell Guéguen : Ils commencent par une histoire, écrite par Annabelle Fati. Avec peu de mots et une grande simplicité, l’autrice parvient à créer un univers cohérent et à présenter les enjeux. De son côté, l’illustrateur Thierry Manes réussit à rendre tous les types de personnages attachants, avec beaucoup de talent. Même des poulpes ! C’est un challenge ! Les univers proposés n’existent pas dans la réalité. Cela permet la mise à distance, mais aussi de grossir le trait pour que le problème soit vraiment évident. Par exemple, les pélicans n’ont pas de cartable : ils sont obligés de ranger leurs fournitures dans leur bec. Dans ces conditions, il n’est pas question de trop se charger ! Après l’histoire, une double page de conseils réalisée avec Catherine Gueguen permet de donner des pistes pratiques. Catherine a une connaissance très fine de ce qui peut aider les enfants. Son regard est précieux et son approche bienveillante cadre parfaitement avec nos valeurs.

Catherine Gueguen : Les dessins sont pleins d’humour, le ton des textes est très juste. Les livres sont drôles, colorés, au plus près des préoccupations des petits. Chaque sujet donne lieu à des conseils très pragmatiques qui permettent de comprendre et sécuriser les enfants dans leur quotidien.




Cette collection affiche-t-elle une ambition pédagogique ?


Erell Guéguen : Oui, mais nous avons choisi d’être accompagnés par une pédiatre qui se préoccupe du bien-être de l’enfant, plutôt que par un conseiller pédagogique, plus centré sur les apprentissages scolaires. Cependant, quand on explique à un enfant pourquoi il doit lever le doigt et attendre avant de parler, il comprend les attendus de l’école et apprend au passage des règles du vivre ensemble. Dans les pages conseils, nous préconisons toujours le recours à l’adulte et le dialogue au sein de l’école. Et ça, c’est une vision très forte, apportée par Catherine Gueguen.

Catherine Gueguen : Oui, car selon les découvertes récentes des neurosciences affectives et sociales, il faut prendre en compte les émotions et les relations. Cette approche constitue une révolution dans la compréhension du développement humain.


Comment abordez-vous les enjeux pédagogiques du CP ?


Erell Guéguen : Du point de vue de l’enfant, de ce qu’il en perçoit et de ce qu’il peut projeter à leur sujet. Par exemple, dans Classe des pharaons, qui aborde l’écriture, nous expliquons pourquoi c’est du sport pour le corps et le cerveau. Car oui, écrire peut s’avérer fatigant. Mais en même temps, cela permet de parler à quelqu’un qui n’est pas là, de laisser un message. Et ça, c’est magique !


Catherine Gueguen : Soutenir l’enfant dans ses apprentissages, c’est fondamental pour qu’il se sente bien à l’école. L’apprentissage passe par l’empathie et le soutien. Le bien-être est primaire pour tous les êtres humains. Pour bien apprendre, il faut se sentir bien.


C’est quoi, le bonheur à l’école ? Quelles sont les clés d’un apprentissage heureux ?


Erell Guéguen : L’école n’est pas un milieu hostile. Loin de là ! En racontant ce qu’il s’y passe, on désamorce les inquiétudes.


Catherine Gueguen : Pour moi, l’empathie doit être au cœur de l’école. L’enseignant doit aider les enfants à exprimer leurs émotions, à s’entendre entre eux. Développer les compétences émotionnelles passe par un travail. Les enfants sont très reliés à leurs émotions, mais en parler avec finesse, cela s’apprend. Et je trouve que cette collection a toute sa place dans les écoles.



Découvrir la collection « Bienvenue en CP »



Des boîtes à outils pour les enseignants

Professeure des écoles, maître formateur et formatrice à l’Institut national supérieur des professeurs des écoles, Angélique Galampoix a rédigé des boîtes à outils destinées aux enseignants :


« J’ai élaboré ces boîtes à outils à partir des programmes de l’Éducation nationale. Elles prévoient un déroulé de séance à faire en classe et visent l’acquisition de compétences autour du langage, du vocabulaire mais aussi de l’enseignement moral et civique : le respect d’autrui et de la diversité, par exemple. Chaque boîte à outils est rédigée en lien avec la thématique. Dans Classe des pirates, on trouve des exercices de pause active, nécessaires pour maintenir la concentration. Les boîtes à outils proposent aussi des affiches à compléter pour produire des écrits, des badges pour valider les compétences travaillées, des débats. Elles sont téléchargeables gratuitement sur le site des éditions Milan et sont laissées au libre arbitre des enseignants.

Comme les élèves éprouvent un mélange de peur et d’excitation à l’idée d’apprendre à lire, d’entrer dans la cour des grands, d’avoir un cartable, de mon côté, j’utilise les récits et les boîtes à outils dès la grande section. Mais ils peuvent servir jusqu’en CE1. »