« Mon petit monde », la photo au service de l’apprentissage

Cette nouvelle collection d’imagiers documentaires se veut un miroir du quotidien des enfants dans leur environnement premier. Rencontre avec la photographe Caroline Fabre qui place tendresse et spontanéité au cœur de son travail.

Portraits de Caroline Fabre : © Florian Fabre


À la maison, Dans ma rue, Balade en forêt, Le ciel au-dessus de moi… Avec ces quatre premiers titres de la collection « Mon petit monde », à paraître le 15 mars, Milan renoue avec l’imagier documentaire tout en photographie. Des images réalistes et prises sur le vif, signées d’une photographe spécialiste de la petite enfance, portent le point de vue de l’enfant sur son quotidien. Le texte incarné et la tonalité orale incitent le petit lecteur, dès 18 mois, à observer, comprendre, nommer et commenter le monde qui l’entoure.

La photo permet ainsi de reconnaître des lieux familiers et de se raconter une histoire au fil des pages, créant un effet miroir. Idéal pour de premiers échanges avec les très jeunes enfants sur leur environnement.

Chaque livre est composé de 24 pages vernies. Son format réduit est pratique pour être transporté et agrippé par les petites mains. La maquette est aérée, avec des photographies lisibles, en parfaite adéquation avec son public.


Rencontre avec Caroline Fabre, photographe dédiée au monde de l’enfance


Caroline, vous signez ici vos premiers livres. Êtes-vous autodidacte ou avez-vous une formation de photographe ?

J’ai étudié la photographie à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, dont je suis sortie diplômée en 1993. J’ai vécu ensuite et travaillé huit ans au Québec (dans les Services muséologiques et en tant que reporter-photographe et portraitiste). À mon retour en France, j’ai changé de métier ! La photographie était trop chronophage et peu adaptée à ma nouvelle vie de jeune maman et je me suis tournée vers le monde de l’édition jeunesse. J’ai exercé plusieurs métiers au sein des Éditions Milan,  puis du Groupe Bayard, cheminant de l’édition à la presse, déambulant de l’éditorial, au marketing et aux services de ventes de droits à l’étranger. J’ai d’ailleurs eu la chance de beaucoup voyager à la rencontre des éditeurs du monde en charge de ventes de droits… Et ça m’a donné une envie croissante de reportages et de rencontres photographiques. 

Pour mes 50 ans, je me suis fait un magnifique cadeau en renouant avec ma passion première : j’ai quitté l’édition et je suis revenue à la photographie. Depuis 2020, je suis photographe de famille, portraitiste et reporter.

Quelle est l’idée originale de cette nouvelle collection, « Mon petit monde » ?

Je connaissais bien les collections de documentaires photos qui avaient fait la renommée des Éditions Milan. J’ai fait savoir à mes anciennes collègues mon désir de proposer des livres photos pour enfants. J’ai toujours plusieurs projets sur la table !

Quand la directrice de pôle documentaire, Camille Babeau, m’a contactée avec un projet de création d’une collection de documentaires photo, j’ai pu m’y associer complètement. Le point de départ était de créer une collection d’imagiers-photo pour les tout-petits. Nous avons échangé sur nos envies et croisé nos regards pour définir ensemble la ligne éditoriale de la collection. La complicité avec l’éditrice en charge de la collection, Marie Dugleux, est très chouette. Elle pioche dans les images que je mets au fil de l’eau à sa disposition, et le chemin de fer du livre se construit peu à peu. Elle est l’auteure du texte des 4 premiers titres.

Quelles sont les contraintes lorsque l’on s’adresse à un très jeune public ?

Il faut des images bien lisibles, claires, attrayantes et également narratives, mais sans perdre de vue que le principe est celui d’un imagier. La photographie est ainsi un support au langage et nous proposons des images qui se racontent, dans lequel l’enfant puisse facilement se projeter, où le parent-lecteur puisse puiser du contenu à dire, mettre l’image en mots pour et avec son enfant. 

À chaque image je me demande : quel est le sujet ? Est-ce que l’enfant va pouvoir « lire » l’image, la comprendre ? Que va-t-elle lui apporter ? Doit-on photographier à hauteur d’enfant ou pas ? Il a fallu accepter aussi de laisser de côté des images plus fortes visuellement, au profit d’images « plus modestes », simples et claires. Ce ne sont pas des livres d’art, ce sont des livres documentaires, même si, en tant qu’auteure-photographe, ils sont le reflet d’une vision personnelle.

Nous voulions que les enfants soient présents dans chaque livre, mais n’en soient pas non plus le sujet. Il a fallu trouver un juste équilibre entre image narrative et image documentaire.

En quoi votre travail pour une maison d’édition est-il différent de votre travail habituel ?

Ce travail, que j’appelle mon travail de « collecte d’images », est un travail au long cours. Le projet m’accompagne au quotidien et je collecte au gré des rencontres, des promenades. Je partage des activités avec des familles – que j’appelle « mes familles complices », et je retiens et mets de côtés les images qui me paraissent pertinentes pour « raconter » à des petits le monde qui les entoure. La rue, les moments de promenade au parc, en forêt, à la campagne.

Régulièrement, nous organisons avec l’éditrice et le directeur artistique de Milan des réunions d’échanges avec partage des images collectées… et les livres se créent peu à peu.




Quels artistes – photographes ou autres – vous inspirent ?

Les photographes humanistes (Doisneau, Cartier-Bresson, Riboud) par exemple pour ce projet. Sinon, j’ai grandi sous l’influence de Sally Mann, Diane Arbus, Mary Ellen Mark, Ralph Eugene Meatyard, Claude Batho, Raymond Depardon, Duane Michals…. Aujourd’hui je me régale à sillonner Instagram ou autres réseaux et je trouve que les talents sont infinis. Il y a beaucoup d’artistes fantastiques… J’aime aussi beaucoup la peinture. C’est une source d’inspiration magnifique pour la lumière, le travail des couleurs…

Quels seront les prochains sujets abordés dans « Mon petit monde » ?

Mes collectes en cours : la crèche (jardin d’enfants), Noël, la plage, les véhicules… mais j’avoue que j’ai le regard aux aguets et je collectionne plus largement (parc, saisons, métiers…). Mon regard d’enfant est toujours en éveil !


carolinefabrephoto.com

Prises de vue pour Dans ma rue : les photos que l’on garde, et les autres

« J’ai apporté un bouquet de ballons au petit Auguste et j’ai accompagné sa famille dans ses courses et déambulations dans la ville. Je cherchais alors la photo de couverture de ce livre. J’ai proposé un certain nombre de photos à l’éditrice. Je cherchais une image qui pourrait capter l’attention de l’enfant et servir de support d’échange avec le parent, que celui-ci puisse y puiser des choses à raconter sur la rue. 

Le coin de rue, l’attente pour traverser, donner la main, attendre au feu… le passage piéton, les feux, les panneaux… J’aimais beaucoup la photo avec les scooters colorés, je l’aurais volontiers choisie en couverture… L’éditrice en a choisi une autre, pour  l’attitude en mouvement du petit garçon. Cela me convient bien aussi. On voit des voitures, un bus, cette rue bien large…. 

À chaque fois, j’en profite pour faire quelques photos de l’enfant pour les parents, un clin d’œil, un souvenir…

Ce jour-là, le ciel était très gris et on a failli annuler… mais c’est ça aussi préparer un livre documentaire : le temps n’est pas toujours au beau, notre quotidien a de multiples facettes… Voilà pour la petite histoire de ces photos. »


L’avis d’une pédiatre sur la collection

La collection « Mon petit monde » est comme une fenêtre sur le monde pour les tout-petits. 

Cette découverte de l’environnement qui les entoure peut les éveiller au monde, et favoriser leur interaction avec les autres. Elle leur permet de se familiariser avec des scènes, des images, des situations du quotidien, et de les décoder ainsi avec plus de facilité. Globalement, leur sens de l’observation n’en est que plus efficient. 

Nellie Houeto, pédiatre à Hyères.