Le jeune auteur Édouard H. Blaes répond à nos questions sur l’aventure extravagante et engagée qu’il a imaginée, où deux Paris coexistent. La Paris Triste, telle que nous la connaissons, et la Paris Perdue, où vivent les rejetés de la société et de la magie : trolls, gobelins, fées et sorciers oubliés. Le premier tome de cette duologie d’urban fantasy est à découvrir en librairie dès le 11 février 2026.
Pour échapper à la violence de ses parents, Néol vit aujourd’hui à l’orphelinat, où le harcèlement de la part de ses camarades s’intensifie. Avec l’aide de son éducateur préféré, Pierre Clavière, il parvient à s’échapper de cet endroit de malheur. Mais Pierre disparaît, laissant derrière lui sa fille Léna, sourde, avec qui Néol va faire équipe pour le retrouver. Au cours de leurs recherches, les deux adolescents sont transportés dans une Paris alternative et magique, remplie de trolls, de gobelins et de sorciers oubliés…

Les rues fantasques est votre premier roman jeunesse. Quel a été votre parcours d’auteur ?
Je n’ai commencé à écrire proprement qu’autour de mes 25 ans. Avant ça, j’écrivotais. Je posais des mots dans tous les sens sans trop savoir ce que ça donnait, j’inventais des mondes et des histoires, mais je n’avais pas de structure. Rien qui puisse être proposé à un éditeur et surtout, je n’y avais jamais pensé. Parce qu’il y a un mur que beaucoup rencontrent, autour de cette profession, celui de la légitimité.
Je n’ai jamais été un très bon élève. Je n’ai jamais été un mauvais élève non plus, je crois. En tout cas, j’ai toujours essayé d’être au moins poli, même dans l’irrévérence. Pourtant, j’ai mis des années à écrire sans qu’on me prenne au sérieux, parce qu’il y avait des erreurs tous les deux mots dans mes phrases. Et puis il y a eu un déclic de volonté. J’avais juste envie d’être pris au sérieux. Alors, j’ai commencé à apprendre à écrire, à essayer de raconter ma première histoire et ça a été un échec. Un très long échec, puisque j’ai fini par abandonner et oublier l’écriture, en me disant que je n’étais pas assez « bon ». Alors qu’il n’y a jamais eu à être bon. Seulement juste.

Autour de mes 25-26 ans, j’ai repris tout ça avec la volonté d’en faire quelque chose de professionnel. J’ai écrit un roman que j’ai regardé se prendre tous les murs et portes de l’édition. J’ai remis ça avec un autre. Et un autre. Et j’ai écrit Le Silence des carillons, publié chez ActuSF.
Enfin, Les Rues fantasques. Parce que j’avais toujours voulu écrire pour la jeunesse et « renvoyer l’ascenseur ». Parce que c’est elle qui m’a forgé et m’a construit, la littérature jeunesse. Alors, j’ai envie de laisser ma petite pierre aussi et d’offrir ces récits que j’aurais aimé lire, enfant, à d’autres.
Présentez-nous les principaux personnages des Rues fantasques : Néol et Léna, les deux adolescents, et Pierre, le gardien des Clés.
Néol est un enfant qui a commencé sa vie avec un déficit de chance. Ses parents n’étaient pas faits pour avoir un enfant. Son père était violent et Néol a été placé dans un foyer. Il a toujours espéré s’enfuir, vivre une autre vie, moins pleine de solitude et faite de liberté. Mais pour ça, il doit passer par des phases d’acceptation de sa situation : personne ne prendra la décision pour lui.
Léna, elle, a la chance d’avoir une famille aimante, même si dysfonctionnelle. Parce que son père cache des secrets qu’il devrait partager, plutôt que de les garder pour lui. Elle vit dans un environnement où sa surdité a été accueillie et où ses parents ont évolué avec elle. Elle est intelligente, a un esprit acéré et une tendance à ne pas mâcher ses signes. Elle s’ennuie très rapidement et a tendance à vouloir toujours agir au plus vite. Parfois, ça lui joue des tours.
Le père de Léna, Pierre, est au centre de cette histoire, même s’il n’est pas le personnage le plus présent. Il est important parce qu’il est un magicien respecté. Pourtant, il a cette tendance à l’abandon. À vouloir quitter cette Paris Perdue. Vivre cette autre vie, qu’il a réussi à se créer, avec sa femme et sa fille. Je rajoute un personnage phare, sûrement l’un des plus importants du roman : la Comique. Cette gobeline est la première personne que Néol rencontre dans les Rues Fantasques de la Paris Perdue, et c’est elle qui les prend tous les deux, avec Léna, sous son aile. Elle le fait parce qu’elle s’y sent moralement obligée. C’est une merveilleuse magicienne, dont les pouvoirs sont liés au rire et au ridicule, et elle s’en sert pour protéger ces deux adolescents perdus.
Paris est le décor de cette urban fantasy. D’où vient l’idée des deux Paris parallèles, la ville que l’on connaît, et l’alternative, remplie de magie et d’illusions ?
C’est difficile à dire. Je suis arrivé à Paris en 2020. Avant ça, la capitale était un peu une grande fourmilière au loin, que je ne connaissais pas du tout. J’y suis allée rarement et quand je me suis installé, j’ai découvert qu’elle n’était pas aussi difficile d’approche que ce que je pensais.
L’univers des Rues fantasques m’est venu alors que je réfléchissais à une histoire d’urban fantasy avec des magiciens. J’avais quelque chose en tête, mais ce sont d’abord tous ces personnages – la Comique, le Collectionneur, le Gardien des Clés – qui me sont venus à l’esprit. C’est autour d’eux que j’ai construit l’univers de la Paris Perdue. Bizarrement, la plupart des idées ne me sont pas venues à Paris, mais pendant un voyage à Prague. J’ai pris plein de notes dans un carnet, et ça a donné Les Rues fantasques !

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Le mélange de tout un tas de choses. Ce qui m’a le plus inspiré en littérature, c’est la trilogie À la Croisée des Mondes, de Philip Pullman. Elle m’a réellement marqué, il y a longtemps, mais je la relis régulièrement. Il y a aussi les livres de Diana Wynne Jones, que je trouve magnifiques ! Le Château de Hurle, qui réussit à nous plonger dans un univers que j’aime décrire comme du « merveilleux banal ». C’est super fort. Réussir à donner au quotidien quelque chose d’extraordinaire, et à la magie une simplicité déstabilisante.
Mais Paris elle-même m’a inspirée, quand je m’y suis promené et que j’en ai découvert les secrets. J’aime bien trouver les petites histoires. On ne met pas assez en avant les contes et la mythologie de cette ville, comme celle du Fantôme Rouge.
Il y a peut-être des choses à chercher du côté des jeux vidéo, aussi, qui sont un média très fertile. Pour finir, ça rejoint un peu Diana Wynne Jones, mais les films de Hayao Miyazaki comme Le Château ambulant m’inspirent également, par leur sensibilité sociale et le merveilleux que dégage leur imagerie.
Les rues fantasques est une duologie. Que nous réserve le second tome à paraître en septembre 2026 ?
Avec le tome 2, on va s’enfoncer encore un peu plus loin dans cet univers fantastique. S’en éloigner un peu, d’une certaine manière, mais en découvrir davantage ! Néol et Léna reviendront dans cette nouvelle aventure, et cette fois, ils vont se retrouver face aux ombres de Paris. Et quand Néol est enlevé par celles-ci, Léna doit trouver un moyen de le rejoindre. De le sauver. Jusqu’à découvrir tout un autre monde, plongé dans le noir, dans lequel un dangereux sorcier a pris le pouvoir et où de vieilles connaissances réémergent…
🔑🔑 Mercredi 11 février à 18h : lancement du roman à la librairie La Dimension fantastique, 69 rue de Chabrol, 75010 Paris. En présence de l’auteur Édouard H. Blaes, de l’éditrice Jeanne Liénard et de l’illustrateur de la carte, Bartholdillustration.
🔑🔑 Samedi 14 février : dédicace d’Édouard H. Blaes à la librairie Les Cyclades, 80 bd de la République, 92210 Saint-Cloud (horaire à venir).

