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Trois questions à Souleymane Mbodj

Ce raconteur d’histoires à la portée universelle répond à nos questions et nous offre des contes africains en vidéo.

Comment s’est fait le passage de l’oralité à la publication de vos livres ?

 

Je racontais dans des émissions de radio sur France Inter, France Culture, Africa no 1. J’ai d’abord écrit des contes, en collaboration avec des penseurs, pour une maison d’édition consacrée à la philosophie. Ensuite, j’ai rencontré Justine de Lagausie, qui était éditrice chez Milan, par le
biais de l’auteure Brigitte Labbé. Justine m’a demandé des textes. J’avais enregistré trois contes sur CD, que je lui ai envoyés. Ce fut le début de ma collaboration avec Milan. Le passage à l’écrit a été assez simple, car ma rédaction s’apparente à ma façon de parler, pour permettre à tout un
chacun de s’approprier l’histoire et de la raconter. Tous les contes ont d’abord été racontés pendant des mois, voire des années. Au fur et à mesure que j’écris, je traduis instantanément de ma langue maternelle, le wolof, au français. Évidemment, avec l’écriture on perd un peu en spontanéité. J’improvise beaucoup – comme en jazz quand je suis face à un public –, mais avec le livre on touche un auditoire plus vaste.

 

Vous êtes également musicien. Quel est le lien entre la musique et les contes ?

 

Un conte d’Afrique noire sans musique est considéré comme un plat sans sel ! J’ai appris la musique d’abord avec les contes. Chaque rythme ou chanson raconte une histoire. Par exemple, pour apprendre un rythme en 3/4, on peut raconter l’histoire de l’antilope qui préfère ses cornes à ses jambes. Quand elle pose ses pattes, elle marque une mesure à trois temps, comme une valse. Le ternaire est le rythme de l’antilope. Quand la lionne se déplace, c’est en quatre temps. Ce sont des symboles rythmiques que nous apprenons. Ils font partie de cet enseignement musical traditionnel sans solfège écrit.

Selon vous, quels sont les principaux messages transmis par les contes africains ?

 

L’humilité, le partage, le respect, la tolérance. On trouve ces valeurs dans les contes d’autres continents, notamment en Orient, en Asie. Mais, en Afrique, toute l’éducation passe par ce biais. On dit : « Si tu veux faire passer un savoir, il faut en faire une histoire. » Et, si vous voulez que les connaissances fassent le tour du monde, c’est aux enfants qu’il faut les confier.