Avec Lumilane de Manon Fargetton et Tout ce que tu n’as pas dit de Maxime Girardeau, Milan propose deux regards sensibles sur le thème de la perte d’un ami, entre enfance et adolescence. Ces romans ont été lus en avant-première et chroniqués par une professeure-documentaliste en lycée et une formatrice de Réseau Canopé passionnée de littérature ado. Ils offrent des pistes précieuses pour aborder le thème du deuil avec les jeunes lecteurs, entre accompagnement des émotions et questionnement sur notre libre arbitre.
Lumilane, la fée qui ne veut pas oublier
Lumilane est le troisième volet de Manon Fargetton consacré aux fées des villes et aux fées de la forêt. Après avoir exploré la confiance en soi avec Zorage et l’inceste avec Ombreline, l’autrice s’attaque cette fois à l’un des sujets les plus délicats qui soit dans la littérature jeunesse : la mort d’un être cher, et le deuil qui s’ensuit.
Lumilane, fée étourdie et tête en l’air, vit dans une communauté où la nature et les esprits occupent une place centrale. Elle entretient d’ailleurs un rapport particulier avec l’Esprit-qui-sait-tout, auprès de qui elle vient souvent chercher des réponses. Peu à peu, elle voit sa meilleure amie, la douce Solistère, disparaître physiquement après une longue fatigue : absorbée par l’arbre qui faisait sa maison, elle s’évapore sous les yeux de toute la communauté réunie. Puis, passé ce moment terrible, chacun semble reprendre le cours de sa vie sans peine, comme si Solistère n’avait jamais existé.
Mais pour Lumilane, il n’est pas question d’oublier.

Elle confie à l’Esprit-qui-sait-tout ses peurs et ses angoisses face à cette amnésie qui semble programmée. Comment continuer à avancer ? Comment ne pas oublier ? Le temps passe, mais rien ne semble consoler la jeune fée. Ce sont finalement des rencontres, des gestes et des paroles qui vont peu à peu lui redonner le chemin vers la vie – et l’envie de garder vivant le souvenir de son amie.
Roman à la fois poétique et ancré dans le réel, Lumilane aborde avec justesse les questions que peuvent se poser des jeunes lecteurs de 9 à 12 ans confrontés pour la première fois à la perte d’un être cher.
En inscrivant le deuil dans le cycle de la nature et dans la transmission entre générations, le récit offre un cadre presque rassurant pour apprivoiser ce qui semble inacceptable.
Le monde féerique n’est pas qu’un simple décor enchanteur, il permet de mettre des mots sur une tristesse qui semble sans fond, et d’apprendre doucement qu’on peut revenir à la joie sans trahir ceux qu’on a aimés.
Les illustrations de Maud Begon sont aussi douces et poétiques que la plume de Manon Fargetton. Un duo qui fait de ce court roman un livre nécessaire à partager avec les enfants, et plus particulièrement avec ceux qui traversent une telle épreuve.
Chronique de Vanessa Pasqualini, formatrice de Réseau Canopé.

Découvrez un extrait de Lumilane
Lumilane, c’est aussi le trait malicieux de l’illustratrice Maud Begon
Tout ce que tu n’as pas dit, un thriller à l’écriture inédite

Mattéo est un jeune homme de 16 ans, dont le père écrivain s’est suicidé il y a quelques années, il vit avec sa mère et son beau-père avec qui il s’entend plutôt bien. Ses parents font partie d’un groupe d’amis surnommé le club des cinq, qui court également sur la génération de leurs enfants. Ils habitent tous dans le même quartier, se voient souvent et se connaissent très bien. Abel, le meilleur ami de Mattéo, dont les parents font partie de la bande, se suicide, et personne ne comprend les raisons de cette décision. À l’incompréhension succède le besoin de savoir ce qu’il s’est réellement passé.
Mattéo commence à enquêter sur un possible harcèlement de son ami par un mystérieux Shadow Stalker qui publie des messages sur les réseaux, menaçant de révéler des secrets inavouables. Entre temps, grâce à des carnets et des écrits laissés par son père, il découvre que celui-ci conversait régulièrement avec une IA. Il décide alors de configurer sa propre IA pour tenter de trouver des réponses…
C’est l’absence d’indice sur la mort de son ami qui invite Mattéo à se tourner vers une IA conversationnelle à la fois pour compenser le manque, trouver du réconfort, et enquêter sur le mystérieux Shadow Stalker. Il a besoin de se mettre dans l’action pour faire son deuil. Dans le même temps, en menant l’enquête sur la mort de son ami, il sent qu’il est prêt à en apprendre plus sur son père. Il découvre des éléments de la vie de son père qu’il ne connaissait pas, et qui lui permettent d’entrer dans son intimité, pour mieux appréhender l’homme qu’il était. Un deuil chasse l’autre, et se tourner vers son père est moins douloureux que de penser à la perte de son meilleur ami. La résolution de l’enquête sur le suicide du garçon l’aide finalement à mener les deux deuils conjointement, avec l’aide de ses amis et de l’IA.
Les réponses apportées par Loïe, l’IA, ne sont pas celles d’un robot omniscient. Elle explique qu’elle travaille sur des données existantes, elle en donne des synthèses, mais c’est toujours à Mattéo de décider de l’étape suivante. Elle peut le mettre en garde parfois, mais en aucun cas ne peut l’empêcher de poursuivre son enquête et se mettre en danger. Pour une fois, le héros n’a pas affaire avec une IA surdimensionnée qui prend le contrôle de tout et c’est très rassurant. Elle se montre amicale et toujours disponible pour répondre à Mattéo qui ne la sollicite que lorsqu’il en a vraiment besoin. Ce qui diffère des interactions avec les humains n’ayant pas toujours une bonne santé mentale et pouvant rendre les relations instables.
N. B. L’auteur Maxime Girardeau n’a pas inventé les répliques de Loïe, mais s’est glissé dans la peau de Mattéo pour interroger ChatGPT et nous livrer ses réponses, sans jamais les retoucher. Il signe un thriller haletant et original, pour se rassurer sur l’IA et se conforter sur la nécessité des relations humaines.
Chronique de Stéphanie Giai-Miniet, professeure-documentaliste en lycée


